Chronique d’un racket en haute altitude
Chicago, années 30. Sauf que les flingues sont remplacés par des piolets, les bars clandestins par des rédactions feutrées, et les valises de billets par des pleines pages de publicité. Ici, on ne parle pas d’alpinisme. On parle de business.
Le milieu
Dans ce milieu-là, tout le monde se connaît. Les rédactions, les institutions, les sponsors. On s’appelle par le prénom, on se tape dans le dos, on ne pose pas trop de questions. Le sommet ? Un détail. Ce qui compte, c’est l’histoire. Une bonne histoire, ça se vend. Une histoire invérifiable, c’est encore mieux : personne ne peut venir réclamer sa part.
La Bête 74
La Bête 74, c’est le Syndicat. Pas besoin de menaces : le système suffit. Tu veux exister ? Tu passes par nous. Tu veux publier ? Tu racontes ce qu’on peut imprimer. Tu veux douter ? Mauvaise idée, gamin. Dans ce business, le sceptique finit toujours au fond d’un tiroir.
Les faux exploits
Un type arrive, dit qu’il a fait le coup du siècle. Solo. Nuit. Tempête. Pas de témoins. Pas de preuves. Dans n’importe quel autre quartier, on lui demanderait des comptes. Ici ? On lui sert un whisky, on sort le carnet d’adresses, et on imprime.
Les photos ? Empruntées. Le sommet ? Hors champ. Mais le tirage grimpe, lui. Et quand le tirage grimpe, tout le monde touche sa commission.
Les parrains respectables
Le plus beau dans cette histoire, c’est que personne n’a l’air coupable. Les parrains portent des vestes propres, parlent d’éthique, d’honneur, de tradition alpine. Ils ne mentent pas, ils laissent dire. Dans le milieu, c’est la même chose : celui qui se tait encaisse.
Les soldats
Les jeunes, eux, lisent ça et y croient. Ils montent là-haut avec des rêves imprimés en quadrichromie. On leur a vendu un itinéraire comme on vendrait de l’alcool frelaté. Certains ne redescendent pas. Dommage collatéral. Pas assez bankable pour la une.
Ghirardini
Ghirardini, c’est le type qui refuse d’entrer dans la combine. Pas de slogan. Pas de produit dérivé. Des faits. De l’hiver. De la solitude. Des preuves impossibles à maquiller. Alors forcément, il dérange. Dans ce milieu, un homme intègre, c’est plus dangereux qu’un indic.
Les règlements de comptes
Des années plus tard, quand l’arnaque commence à sentir trop fort, on fait diversion. On sort des livres sur d’autres mensonges, ailleurs, plus récents. Classique. Pendant qu’on regarde ailleurs, le vieux racket reste intact.
La loi du milieu
Ici, il n’y a pas de police. Juste des silences. Pas de procès. Juste l’oubli organisé. Et tant que l’argent coule, la Bête 74 continue de respirer.
Dernière parole
Dans la mafia comme dans la presse de montagne, la vérité n’est jamais gratuite. Elle coûte cher, et personne ne veut payer. Ghirardini, lui, a payé d’avance.
Chronique noire. Toute ressemblance avec des systèmes existants n’est ni fortuite, ni regrettée.









